lode architecture

maison G / normandie / 2011

Près de l'Estuaire de la Seine, entre bois et vergers, cette maison de vacances apparaît d'abord comme une silhouette sombre, découpée sur fond de verdure. C'est un volume simple, monochrome, aux faces lisses et aux arêtes vives. Sous la lumière, la vêture d'ardoise réagit aux ciels changeants de Normandie, et inscrit la maison dans son paysage. Les façades voisines du port de Honfleur reviennent alors à l'esprit. A l'intérieur, on découvre le volume en creux, libre de charpente jusqu'au faîtage. Une série de murs de refend, faits de panneaux de bois, partitionnent l'espace. Les ouvertures taillées dans leur épaisseur créent des passages, cadrent des vues intérieures ou invitent le paysage environnant. Par jeu de superposition et de décalages, ces baies offrent une vision kaléidoscopique de la maison et de la vie de ses occupants. Au centre du plan, le séjour se double d'une terrasse, qui profite de l'ombre d'un grand cerisier. Des vitrages surdimensionnés réunissent les deux espaces, et assurent l'ensoleillement de la pièce. En toiture, une série de conduits réfléchissants complètent l'apport de lumière depuis le versant nord. L'organisation longitudinale de la maison, rythmée par les refends, croise ainsi une gestion transversale de l'éclairement, qui ancre la maison dans le cycle des jours et des saisons.

L'occupation intermittante de la maison, conçue comme un lieu de vacances, a fortement guidé les choix environnementaux du projet. L'enjeu était ici de privilégier les dispositifs passifs, architecturaux, offrant un gain en terme de performance énergétique, mais aussi d'agrément pour les occupants. L'exposition a ainsi été une préoccupation première : orientation de la maison sur une ligne est-ouest, ouverture surdimensionnée au sud, avec ombrage naturel et contrôle solaire, façade nord aveugle. Un grand soin a également été apporté à l'isolation thermique. Le choix d'une dalle bois sur plots béton, et d'une structure en panneaux de bois massif isolée par l'extérieur, a permis d'obtenir de bons niveaux d'isolation et d'étanchéité à l'air. La faible inertie offerte par la structure bois est par ailleurs intéressante dans le cadre d'une maison de week-end, qui doit pouvoir être mise en chauffe rapidement, pour des durées brèves. Le poêle à bois suffit ainsi au chauffage de la maison. Enfin, en dehors des seules fondations, la construction repose sur la filière sèche, avec les avantages associés à la préfabrication : qualité de réalisation, montage rapide, et protection du site.

La structure met en jeu des dalles bois, empilées pour former les trois niveaux du rdc, le long de la pente du terrain. Ces planchers reposent sur des fondations ponctuelles, qui assurent une ventilation de l'ouvrage en sous-face, et n'entravent pas l'écoulement des eaux de pluie. Au-dessus de ces planchers, toute la structure est réalisée en panneaux de bois massifs, qui franchissent d'une traite les 12m de longueur de la maison. Les murs de refend ont quant à eux été réalisés en deux pièces, avec un joint médian. Toutes les chutes occasionnées par la découpe des ouvertures ont été utilisées sous forme de portes, de marches, ou de mobilier fixe. Afin de mettre en valeur les refends, et pour permettre le passage des réseaux, les murs longitudinaux et les rampants ont reçu un doublage, au contraire des refends qui présentent leurs deux faces en bois. Cette disposition a nécessité la réalisation de carottages dans l'âme des panneaux pour la distribution électrique. A l'extérieur, pour obtenir l'expression la plus directe de l'épure, la vêture a demandé des mises en oeuvre spécifiques : menuiseries affleurantes, chéneaux encaissés, détails de zinguerie adaptés. L'utilisation extensive de l'ardoise selon un calepinage continu recoupe ici des critères de durabilité, d'esthétique, et une volonté d'ancrage dans la tradition constructive locale.