lode architecture

Maison D / bretagne / 2012

Échouée sur les berges de l'estuaire, à la rencontre des eaux douces et des marées montantes, la maison D. cultive les antinomies. Alternativement refuge et lieu de réception, espace intimiste ou cadre festif, elle est animée de courants inverses, et oscille au gré des humeurs et des cycles naturels.

En découvrant la maison, on aperçoit d'abord un volume suspendu au-dessus du terrain. En-dessous, à la faveur du pli d'un mur de soutènement, un espace se forme en creux. La vie s'y organise autour du foyer, de l'escalier, et d'un îlot pour cuisiner. Tout autour, le plancher de l'étage cadre des vues panoramiques sur le sous-bois, et au-delà la rivière. Des puits de jour ouverts à travers le niveau supérieur convoquent le ciel dans ce paysage recomposé. Au sol, la pierre file, les angles vitrés s'effacent. On habite le bois.

Au niveau supérieur, une succession de petits espaces crée une ambiance feutrée radicalement différente. On parcourt une enfilade de pièces, éclairées à travers des claustras de bois qui filtrent les vues et tamisent la lumière. Depuis les chambres, on accède à des extérieurs clos, pour  prendre l'air et le soleil en surplomb du living. Partout, l'espace est retourné sur lui-même, enroulé. On vient s'y lover, à distance de la nature environnante. 

A cette dualité des espaces correspond l'expression contrastée des façades. Dans des registres opposés, leur traitement participe pourtant à une même stratégie de camouflage : reflets des feuillages dans les surfaces vitrées, mimétisme du bardage de planches brutes, dont la texture se fond dans l'environnement boisé. Sophistication et rusticité, abstraction et matérialité, l'architecture de la maison procède par jeux dialectiques, à l'image d'un paysage puisant sa force dans la confrontation des éléments.